Facteurs de rétention des migrants internationaux au Mali : Cas des régions de Kayes, Koulikoro et Sikasso
Abstract
Depuis 2012, le Mali fait face à une crise sécuritaire qui affecte presque toutes ses régions. Malgré cette condition défavorable, le pays continue d'attirer des migrants internationaux. L’hypothèse de base de cet article est fondée sur la théorie d’attraction-répulsion et s’énonce comme suit : les caractéristiques socioéconomiques et culturelles des migrants et celles des régions de résidences sont des facteurs de rétention migratoire.
Alors il est question d’identifier les facteurs de rétention et de les hiérarchiser. Pour ce faire, nous avons utilisé les données de l’enquête sur la présence des migrants au Mali. Cette enquête s’est réalisée dans les régions de Kayes, Koulikoro et Sikasso en décembre 2022 par l’Institut National de la Statistique et l’équipe DTM de l’OIM Mali. Par ailleurs, une analyse descriptive (AFCM) est utilisée pour décrire le profil des migrants selon leur rétention ou non au Mali et une analyse explicative (régression logistique binomiale) pour identifier et hiérarchiser les facteurs de rétention.
L’on pourrait de prime abord penser que la crise socio-politique qui secoue le Mali depuis plus de dix ans pousserait les migrants à ne pas durer dans leur lieu de résidence au Mali et qu’ils seraient même tentés de quitter le pays. Force est de constater qu’une forte proportion de ces migrants souhaitent rester encore plus longtemps au Mali. En effet, sur les 15 variables explicatives, douze (12) sont liées à la variable dépendante (rétention migratoire) au niveau descriptif et neuf (9) sont significatives au niveau explicatif. Ces neuf (9) facteurs explicatifs de la rétention des migrants internationaux au Mali sont : la région d’accueil, le niveau d’instruction, la durée de séjour, le lieu de départ, la raison de quitter le pays d’origine, la situation professionnelle actuelle, la possession d’un document d'identification, la violence au lieu de résidence et le fait de se sentir en sécurité dans son lieu de résidence. Il ressort de l’analyse que la région d’accueil contribue à près de 50% dans l’explication de la rétention des migrants, suivie de la durée de résidence (9,05%) et du lieu de départ de la migration (6,47%).
Au regard des résultats, notre hypothèse est confirmée dans le contexte malien. Toutefois, nous recommandons à l’Institut National de la Statistique et à l’OIM, les deux institutions responsables de l’enquête sur la présence des migrants au Mali, de prendre en compte dans les prochaines enquêtes de terrain, des variables contextuelles (c’est-à-dire celles communautaires) qui permettront de faire une analyse multiniveau afin de mieux cerner leur mécanisme d’action sur la rétention migratoire. La forte contribution des variables région d’accueil et lieu de départ nous conforte dans notre vision des choses.
Since 2012, Mali has been facing a security crisis affecting almost all its regions. Despite this unfavorable condition, the country continues to attract international migrants. The basic hypothesis of this article is based on the attraction-repulsion theory and states the following: the socioeconomic and cultural characteristics of migrants and those of the regions of residence are factors of migratory retention. Therefore, the aim is to identify and prioritize the retention factors.
To do this, we used data from the survey on the presence of migrants in Mali. This survey was conducted in the regions of Kayes, Koulikoro, and Sikasso in December 2022 by the National Institute of Statistics and the DTM team of IOM Mali. Furthermore, a descriptive analysis (MCA) was used to describe the profile of migrants based on their retention or non-retention in Mali, and an explanatory analysis (binomial logistic regression) to identify and prioritize the retention factors.
At first glance, one might think that the sociopolitical crisis shaking Mali for more than ten years would push migrants not to stay long in their place of residence in Mali and even tempt them to leave the country. However, it is clear that a large proportion of these migrants wish to stay even longer in Mali. Indeed, of the 15 explanatory variables, twelve (12) are related to the dependent variable (migratory retention) at the descriptive level, and nine (9) are significant at the explanatory level.
These nine (9) explanatory factors for the retention of international migrants in Mali are: the host region, level of education, length of stay, place of departure, reason for leaving the country of origin, current employment status, possession of an identification document, violence in the place of residence, and feeling safe in the place of residence. The analysis shows that the host region accounts for nearly 50% of the explanation of migrant retention, followed by length of residence (9.05%) and place of migration departure (6.47%).
In light of the results, our hypothesis is confirmed in the Malian context. However, we recommend that the National Institute of Statistics and IOM, the two institutions responsible for the survey on the presence of migrants in Mali, take into account contextual variables (that is, community-related variables) in future field surveys to allow for a multilevel analysis to better understand their mechanism of action on migratory retention. The strong contribution of the host region and place of departure variables reinforces our perspective.
Downloads
References
2. GATUGU, J., MANÇO, A. A., & OUMAROU, K. M. A. (2018). Réseaux sociaux et insertion socioprofessionnelle des migrants : Rôles des « dispositifs relationnels » en Europe et en Amérique du Nord. 13.
3. INSTAT, & OIM. (2022). Enquête sur la présence des migrants dans les régions de Kayes, Koulikoro et Sikasso (p. 41). Organisation internationale pour les migrations.
4. LUTUTALA M. B. (1995). Les migrations africaines dans le contexte socioéconomique actuel : une revue critique des modèles explicatifs, in Gérard Hubert et Piché Victor, La sociologie des populations, Montréal : PUM/AUPELF/URÉF : pp 391-416. EE, S. E. (1966). A Theory of Migration. Vol. 3(No. 1), 47‑57.
5. LUTUTALA, M. B. (2007). Les migrations en Afrique centrale : caractéristiques, enjeux et rôles dans l’intégration et le développement des pays de la région. 27.
6. SIMMONS, DIAZ-BRRIQUET A., LAQUIAN S., APRODICIO A. (1978). Évolution sociale et migration interne en Afrique. 55
Copyright (c) 2026 Chaka Fofana, Hamidou Koné

This work is licensed under a Creative Commons Attribution 4.0 International License.


