Réintégration des ex-associés à Boko Haram dans les Monts Mandara du Cameroun : quand l'informel précède et côtoie le formel
Abstract
L'insurrection de Boko Haram représente l'un des défis sécuritaires, sociaux et politiques les plus persistants du Bassin du Lac Tchad. Depuis 2009, le conflit a causé plus de 20 000 morts et provoqué le déplacement de plus de 2,4 millions de personnes dans la région (ONU, 2020 ; MSF, 2021). Depuis 2017, plusieurs vagues de retour de personnes anciennement associées à Boko Haram ont été observées dans les Monts Mandara du Cameroun. L'État du Cameroun a adopté une loi de répression des actes de terrorisme et a créé, par le décret n°2018/719 du 30 novembre 2018, un Comité National de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (CNDDR). Cependant, au début 2024, la cartographie des ex-associés présents dans les Monts Mandara indique qu'il y a plus d'ex-associés gérés dans l'informel que dans le cadre formel. La question posée est la suivante : comment l'informel précède-t-il et côtoie-t-il le formel en matière de réintégration des ex-associés à Boko Haram dans les Monts Mandara du Cameroun ? La théorie du capital social de liaison de Woolcock et Narayan (2000), qui établit des connexions entre les individus ou les communautés locales et des structures institutionnelles plus larges, offre le cadre analytique de cette étude. L'hypothèse est que l'informel précède et côtoie le formel dans la réintégration des ex-associés à Boko Haram. Cette étude qualitative s'appuie sur des entretiens semi-directifs réalisés en janvier 2025 auprès de 17 informateurs clés, sélectionnés par échantillonnage non probabiliste en boule de neige et par choix raisonné. Les informateurs incluent des autorités administratives, traditionnelles, des élus locaux, des chefs religieux, des responsables d'ONG et des représentants d'agences des Nations Unies dans les communes de Kolofata, Mora, Mozogo, Mokolo et Méri. Les résultats montrent que les pratiques informelles de réintégration ont été mises en place par les communautés locales et les organisations humanitaires bien avant l'instauration du cadre formel par le gouvernement camerounais, et qu'elles continuent de le côtoyer. La saturation théorique a été atteinte à partir du 15e entretien. La triangulation des données et le members checking ont assuré la fiabilité des résultats. L'étude recommande la mise en place d'un cadre de réintégration intégré permettant une véritable formalisation des efforts, les acteurs institutionnels devant s'ouvrir davantage aux initiatives communautaires et locales.
The Boko Haram insurgency represents one of the most persistent security, social, and political challenges in the Lake Chad Basin. Since 2009, the conflict has caused more than 20,000 deaths and displaced over 2.4 million people in the region (UN, 2020). Since 2017, several waves of returnees formerly associated with Boko Haram have been observed in the Mandara Mountains of Cameroon. Following United Nations Security Council resolutions, the Cameroonian government adopted a law to repress terrorist acts and created, by decree No. 2018/719 of 30 November 2018, a National Committee for Disarmament, Demobilization and Reintegration (CNDDR). However, as of early 2024, the mapping of former associates in the Mandara Mountains indicates that more former associates are managed informally than through formal frameworks. This study asks: how does the informal precede and coexist with the formal in the reintegration of former Boko Haram associates in the Mandara Mountains of Cameroon? Woolcock and Narayan's (2000) bridging social capital theory provides the analytical framework. The hypothesis is that the informal precedes and coexists with the formal in the reintegration process. A qualitative methodology was used, based on semi-structured interviews conducted in January 2025 with 17 key informants selected through purposive and snowball sampling in the communes of Kolofata, Mora, Mozogo, Mokolo and Méri. Theoretical saturation was reached at the 15th interview. Data triangulation and member checking ensured reliability. Results show that informal reintegration practices were established by local communities and humanitarian organizations before the formal framework was put in place, and continue to coexist with it. The study recommends the establishment of an integrated reintegration framework, with institutional actors opening up more to community and local initiatives.
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